Pomme n'a pas fait ce que nous avions prévu qu'elle fasse : elle a fait ce qu'un loup fait
Capturée accidentellement en Seine-Maritime, relâchée dans la Drôme avec l'idée de limiter les interactions avec les activités humaines, Pomme a parcouru 634 km en 65 jours, traversant alpages, vallées, espaces pastoraux et milieux anthropisés. Autrement dit, Pomme n'a pas fait ce que nous avions prévu qu'elle fasse : elle a fait ce qu'un loup fait. Explorer, se déplacer, rechercher des ressources, suivre un congénère et investir les espaces disponibles. Plus étonnant encore, les analyses génétiques montrent qu'elle est issue de populations italo-alpine et germano-polonaise, illustrant le brassage naturel des populations lupines européennes. Et cela pose une question essentielle : lorsqu'un territoire est libéré de ses loups, est-il réellement libéré ? Probablement pas. Tout territoire libre devient un territoire à conquérir. D'autres individus peuvent venir l'occuper, parfois issus de populations différentes, avec des caractéristiques qu'il serait justement nécessaire d'étudier. Attention toutefois aux raccourcis : rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que l'origine génétique détermine à elle seule la taille ou la prédation sur le bovin. Mais une chose est certaine : on ne gère pas le loup en dessinant des frontières sur une carte. Le loup les traverse. Pomme vient de nous le démontrer en parcourant 634 km. Le véritable enjeu n'est peut-être donc pas de décider où le loup doit vivre, mais de comprendre comment il choisit, lui, les territoires qu'il peut occuper.


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